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L'Univers de JadDes portraits, un peu de photo, trois nouvelles dont une à l'écriture actuellement qui n'attendent que vos coms ! Bonne visite et surtout COMMENTEZ ! Pour ceux qui préfèrent le papier... http://stores.lulu.com/store.php?fAcctID=2780359
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Un échec !Eh oui je vous annonçais il y a quelques semaines que j'envoyais entre autres mon manuscrit sur Guillaume chez Gallimard. Courtois et prompt, son comité de lecture n'a mis que quelques semaines pour m'écrire une lettre type m'indiquant que malgré ses qualités, mon récit ne leur paraissait pas entrer dans leur ligne éditoriale. C'est évidemment une déception. Toutefois je ne renonce pas! Après tout je vous ai déjà tous plus ou moins touchés avec mes histoires, alors même si elles ne sont pas dignes d'une maison d'édition, elles vous changent les idées et permettent à ce blog d'exister et d'atteindre au bout de deux ans d'existence ses 10000 visites ! Eh oui !
En l'occurence, je passe de très bonnes vacances dans ma belle famille, et le beau temps est au rendez-vous. Ne vous en faites pas cependant. Tempus Fugit reprendra début septembre dès mon retour dans le Nord.
Alors à très vite et en attendant puissiez vous profiter vous aussi des quelques jours de beau temps que le soleil nous accorde ces jours-ci ou de votre famille s'il n'est pas encore passé dans votre région.
Amicalement, Jad Tempus Fugit : Chapitre 8 : ElodieUn couple se retrouve autour d’une machine à café dans la cantine des infirmières. Maxime Mangin, beau quadragénaire blond, est chirurgien aux urgences. Elodie, petite brune nerveuse, est préleveuse. Pour faire simple, c’est la dame qui vous reçoit avec une grosse seringue pour les prises de sang ! Charmant non ? Ils discutent à voix basse du SDF malade du choléra. - Il a eu une chance inouïe ce gamin, commente le docteur. On a trouvé où il a obtenu ces bananes ? - En fait, c’est assez improbable qu’il les aies achetées en France… - Un émigré clandestin ? - Le plus incroyable c’est qu’il n’ait aucun accent. Par contre il parle le français des écoles, c’est indéniable. Il détache bien toutes les syllabes, n’utilise aucun mot argotique. Pour un jeune de vingt ans c’est assez rare ! - Tu crois que c’est un réfugié afghan ? Il n’a pas vraiment le type… - Quoi qu’il en soit, on a eu de la chance de s’en sortir avec un seul malade… - Tu m’étonnes ! Il t’a parlé de quoi au fait ? - Oh de peu de choses ! Il a beaucoup déliré en fait. Il n’a pas arrêté de m’appeler Elisabeth quand je venais lui faire ses prélèvements. - Effectivement, c’est cocasse… - D’autant plus que c’était le prénom de mon arrière-grand-mère ! - Tiens ! répond le médecin, le regard dans le vide. - A quoi tu penses encore ? s’énerve la jeune femme. - A rien… - Bon j’y retourne, coupe court Elodie. Jetant son gobelet d’un geste nerveux, elle s’efface l’instant d’après. Maxime lance alors un sourire aguicheur à une jeune interne, qui hausse les épaules, semblant lui signifiant de laisser tomber. Soupirant, il quitte à son tour la cantine pour retourner voir ses malades. Elodie a toujours été une boulimique de travail, et c’est ce point commun qui l’a rapprochée de son chirurgien de mari, voilà sept ans. Il était inspiré, parlait de mission humanitaire, de la Croix Rouge qu’il devait rejoindre bientôt. En définitive, il n’a pas quitté la Normandie et s’est empâté à son poste. Elodie a attendu longtemps. Ne voyant rien venir, elle a désiré avoir un enfant. Une jolie petite fille rousse a vu le jour en 1987. Elle aurait dû s’appeler Elise. Finalement l’intransigeance de Maxime vaudra à l’enfant de s’appeler Iphigénie, comme l’héroïne de Racine, au grand dam de la future jeune femme. Cela ne fit que renforcer l’impression d’Elodie qu’un fossé infranchissable était en train de s’ouvrir entre elle et lui. Elle retrouve ses collègues du laboratoire. Corinne, sa plus proche collègue remarque aussitôt son humeur massacrante : - Eh bien qu’a-t-il encore fait ? - Oh il m’énerve ! Je lui parle, il n’écoute pas. J’ai toujours l’impression de le déranger… Ca me soule. - Quitte-le ! - Et ma fille, je l’élève comment ? Je peux déjà m’estimer heureuse que nos mères se relaient pour me récupérer la petite tous les soirs et les week-ends où je bosse… Et puis, je ne peux pas priver ma fille de son père… Ce serait égoïste, et tu le sais parfaitement. - Tu es une sainte, Elodie. Moi je te le dis, un tocard pareil, il ne sait pas sa chance de t’avoir ! Elodie sourit à cette dernière phrase. Toujours là pour l’aider à se détendre Corinne. Les patients l’ignorent, mais s’ils ne souffrent pas lorsqu’ils subissent leur prise de sang, c’est en grande partie grâce à cette petite secrétaire qui n’a pas sa langue dans sa poche. Décidée à oublier son mufle de mari, elle s’octroie une visite à « l’isolé de la 132 ». Honoré a eu les meilleurs soins disponibles, qui n’ont eu d’égal que la solitude dans laquelle on l’a plongé dès que son diagnostic a été établi. Paniqué, le jeune homme a cru qu’on venait de lui annoncer son arrêt de mort. Il a à peine repris confiance quand on lui a soutenu qu’un antidote existait et qu’il survivrait. Il aura fallu trois longs jours pour qu’il se sente vraiment mieux. Aujourd’hui le plus dur est passé. Même si le journaliste a toujours une petite mine, il affiche un beau sourire lorsqu’elle passe la porte de sa chambre. - Vous avez encore besoin de mon sang ? - Non, je viens juste voir un garçon poli qui ne me confond pas avec un pied à sérum… - Votre mari vous ignore toujours… Elodie confirme d’un mouvement de la tête. Honoré ne comprend pas comment un homme qui a la chance d’avoir conquis une femme aussi fabuleuse a pu s’en lasser. Elle a les traits d’Elisabeth et plusieurs fois, son esprit dérangé par la fièvre, il s’est pris à la confondre avec son amie de Cherbourg. Ce serait toutefois une monstrueuse coïncidence que cette infirmière soit le bébé de Justine, même si elle doit avoir le même âge. La jeune préleveuse fait mine de regarder les constantes de son patient favori. Son regard profond, son sourire, sa voix douce, il sort tout droit sorti d’un film. - Alors ça y est je suis sorti d’affaire ? - Pour la médecine oui… pas pour l’administration. - Ils vont en baver pour me trouver dans leurs organiseurs. - Ordinateurs, Honoré. Ce sont des ordinateurs. - J’ai du mal avec toutes ces appellations. Le téléviseur, la chaîne Hi-Fi, les « postes ». - Oui, oui, oui ! On n’arrête pas le progrès ! rit la jeune femme. - Pourquoi riez-vous ? - On dirait que vous arrivez d’une autre planète, c’est assez déroutant… - Vous n’imaginez même pas… se dit le garçon, masquant son embarras d’un grand sourire. Elodie s’approche de la fenêtre et regarde le parking où s’affairent plusieurs personnes autour de leurs voitures respectives. Elle a beau s’en défendre, elle accuse de plus en plus mal le mépris qu’affiche son mari envers elle. Mais ce qui lui déchire le cœur davantage, c’est celui qu’il a pour sa fille. Comment ont-ils pu en arriver là ? L’écrivain ne sait pas comment rompre ce silence pesant. - Vous êtes de quel pays ? - Je… je vous demande pardon ? - Vous pouvez me le dire, Honoré. Je ne dirais rien aux services sociaux. J’aimerais juste en savoir davantage sur vous, c’est tout… - Eh bien je suis français ! Je suis né au duché de Germont-lez-Gallipouy. Qui a pu vous souffler l’idée que je sois étranger ? - Vous parlez comme un livre ! Vous n’employez que des beaux mots, des tournures dignes de Victor Hugo. C’est trop parfait, trop littéraire pour être votre langue maternelle. Le patient éclate de rire à cette dernière phrase. - Alors expliquez-moi ! Pourquoi vous n’avez pas de papiers, pas de proche qu’on puisse joindre ? Sa mine s’aggrave aussitôt : - C’est parce qu’ils sont tous morts… - Excusez-moi… je ne savais pas… Troublée, Elodie baisse les yeux et s’apprête à sortir. - Attendez, mademoiselle ! Je veux bien vous expliquer… Mais vous n’allez certainement pas me croire. Quand bien même, ça ne changera pas grand chose. - Et pourquoi ça ? - Pour rien… Honoré baisse les yeux à son tour. Cherchant son regard, Elodie s’aperçoit que des larmes perlent à ses yeux. Emue, elle ne sait comment réagir. Préférant le silence elle écoute le garçon qui repart, d’une voix presque effacée : - Je suis né à Germont, dans le duché de mon père le huit décembre 1826. J’ai eu une enfance heureuse dans les traces de mon père jusqu’à cet accident de chasse stupide qui nous l’a enlevé en 1841. En 1845 je suis parti pour Paris, où j’ai travaillé pour le grand journal l’Illustration avant de déménager fin 1847. Là j’ai connu un miroitier féru d’astrologie qui m’a pris pour héritier de son œuvre, à savoir une série de miroirs allégoriques des signes du Zodiaque. Le Sagittaire m’a choisi et m’a projeté en 1912, lors du passage du Titanic à Cherbourg. Elisabeth Cosnefroy, une institutrice, allait embarquer sur ce paquebot lorsque mon miroir lui a prédit le sort funeste qu’allait connaître ses pauvres passagers. De là j’ai été entraîné jusqu’en l’an 1936 où j’ai retrouvé l’espace de quelques minutes, Elisabeth et sa fille Marcelline. Quand nous avons été surpris par Gaël Le Gaennec dans le manoir de son oncle, le miroir m’a de nouveau enlevé pour me faire atterrir à Saint-Malo, à l’aube des années soixante. Là j’ai empêché une jeune maman de manger des bananes achetées sur le marché. Elle s’appelait Justine, c’était la fille de Marcelline. Seulement avant que je ne sache le prénom de son bébé, je me suis retrouvé en 1990, dans une salle de cinéma, à deux pas de l’église où les docteurs sont finalement venus me chercher, lorsque le choléra m’a assailli… Elodie, pâle comme un linge, ne sait pas quoi répondre. Tout autre qu’elle aurait alerté le service psychiatrique pour faire interner Honoré. Lui-même ignore pourquoi il s’est senti le besoin de raconter son périple à cette jeune femme sur le seul fait de sa ressemblance avec son amie Elisabeth. Tout autre qu’Elodie aurait cherché à savoir d’où cet impertinent personnage tenait les prénoms de ses ascendantes directes. Tout autre qu’Elodie aurait paniqué. Seulement Elodie n’est pas non plus quelqu’un d’ordinaire. Elle cache le même secret auquel sa mère refusait de croire malgré l’insistance de sa grand-mère. Ce même secret qui a permis à Elisabeth de se montrer aussi confiante avec Honoré au jour de leur rencontre en 1912. Ce même secret qui lui offrit de reconnaître Jules et Gaël et de surnommer à juste titre Honoré d’ange gardien de la famille. Ce même secret qui permettra à Faustine de comprendre enfin tout l’amour contenu dans le regard de Jennifer… - Je ne sais pas ce qui est le plus terrifiant…Vos origines ou le fait que je sois capable de dire que vous ne mentez pas… - Comment ça ? s’étonne Honoré. Qu’est-ce qui vous rend si sûre de ça? - Eh bien le fait que je sois la descendante directe d’Elisabeth Cambusier, par exemple… Un sourire, un regard. Ils se sont compris. - Je n’aurais jamais pensé que tu me tomberais dessus en SDF cholérique. Ni que tu serais capable de déclencher autant de visions chez moi ! Tu permets qu'on se tutoie ! C’est un véritable film qui défile devant mes yeux comme je te parle… - Comment ça ? - Nous avons toutes ce don en commun, et ça remonte bien avant Elisabeth. - Vous, pardon... tu es voyante ? - Cela ne t'a pas traversé l’esprit avant ? - Je n’ai pas vraiment eu le temps de prendre le recul nécessaire avant… - En vérité, Elisabeth avait déjà ce don quand tu l’as connue… C’est incroyable les visions que tu me fais avoir… Cherbourg en 1912, je n’étais jamais remontée aussi loin, même avec ma grand-mère ! - Tu es certaine que tu vas bien ? - Tout à fait. Dans un milieu particulier, une circonstance exceptionnelle, j’arrive à voir des choses que tu as vécues… et d’autres que tu vas peut-être vivre ! - Si Elisabeth avait ce don de double-vue, pourquoi n’a-t-elle pas deviné que le Titanic allait couler ? - Elle ne prenait pas les signes au sérieux, elle attribuait les auras à des hallucinations, des « vapeurs qui troublaient sa vue ». - Des vapeurs ? - J’ai lu son journal intime. Je l’ai trouvé dans le grenier de ma grand-mère. Ca remonte à l’époque où on passait les étés à Saint-Malo. Dans son journal, elle parlait à sa manière des auras, des visions, et des conséquences dramatiques que ses révélations ont pu avoir sur ses relations avec ses proches. Mais ce qui lui a permis de prendre son don au sérieux, c’est sa rencontre avec ce jeune dandy tout droit sorti de l’an 1848, un simple miroir à la main. Les larmes coulent maintenant sur les joues de la femme du chirurgien. Elle fixe le mur blanc au-dessus du lit d’Honoré. On dirait qu’un film défile devant son regard : - Maman… elle était si belle… - Que lui est-il arrivé ? - Elle est… elle est morte l’année dernière… Un cancer foudroyant. Fermant les yeux, Elodie cherche à chasser les images qui lui arrivent maintenant. Seulement, cela ne suffit pas. Elle pose alors ses paumes sur ses paupières. Honoré, paniqué, cherche à se lever pour l’aider. Il est hélas trop faible encore et ne peut que se pencher lamentablement dans sa direction : - Mademoiselle ! Est-ce que ça va ? - Non ! Je ne peux pas… je ne veux pas ! Trébuchant sur le lit, Elodie manque s’affaler sur le lit d’Honoré avant que le phénomène cesse totalement. Appuyée sur le lit, elle lance un regard paniqué au garçon. - Qu’est-ce que tu as vu ? - Rien… Rien du tout. J’ai du travail, je repasserai plus tard. Honoré n’a pas le temps de répondre quoi que ce soit qu’elle a déjà franchi la porte de sa chambre. Soupirant, il essaie de faire le tri dans ses idées face aux surprenantes révélations de la fille de Justine. Néanmoins, une question demeure à ses yeux largement au-dessus de ses autres préoccupations : pourquoi le sort s’acharne-t-il à le mettre en relation avec cette lignée de médiums ? Où veut en venir le Miroir du Sagittaire ? Hommage à un acteur que j'aimais bienDark Knight est la suite attendue de Batman Begins, qui est à mon sens la plus aboutie des adapatations du célèbre homme chauve-souris. Une approche psychologique, une mise en scène efficace, un acteur charismatique fait pour le rôle ! Tout est réuni à mon sens.
Avez-vous fait attention au visage du Joker? Heath Ledger est le triste sujet de mon article.
Je l'ai découvert sur le magnifique "Patriot" où il jouait le fils de Mel Gibson.
avec une fine équipe il m'a enchanté dans Chevalier
Et ému aux larmes dans le secret de Brokeback Mountain
le secret de brokeback mountain bande annonce envoyé par missdu44240 Et voilà qu'à la fin du mois de janvier 2008 il meurt prématurément d'une overdose médicamenteuse accidentelle. Quel désastre ! Je l'ai appris ce matin en surfant sur les commentaires du dernier Batman dans le quel il joue le rôle du méchant Joker ! Emu j'ai décidé de lui rendre cet hommage certes tardif, mais bon...
A bientôt l'artiste...
Tempus Fugit : Chapitre 7 : en 1990Honoré reparaît au beau milieu d’une salle de cinéma. Aux yeux d’un contemporain du théâtre, voir des personnes s’animer sur l’énorme toile blanche lui donne des frissons. Il ne saurait dire s’il est excité ou effrayé. Quoi qu’il en soit, il en oublie totalement pour quelques minutes les lieux qu’il vient de quitter. Un adolescent nerveux se déplace sur une espèce de planchette rosée qui flotte littéralement au-dessus du sol ! Eberlué, Honoré reste bouche-bée devant les effets spéciaux du deuxième opus de Retour vers le futur ! Autour de lui, les gens se déplacent bientôt, indignés par l’odeur forte qu’il dégage. Gêné, l’écrivain réalise qu’il n’a pas vraiment sa place dans cet endroit. Se guidant grâce à la lumière émanant du film, Honoré gagne une porte à double battant et retrouve l’entrée du cinéma. Il ne tarde pas à sortir au grand jour pour ne pas être l’objet du mécontentement d’autres personnes. Le froid est mordant et l’air glacial saisit le jeune homme à la gorge. Il jette un coup d’œil rapide aux grandes affiches des films, notamment celle où l’adolescent apparaît avec un savant fou fort chevelu. - Retour vers le Futur ? Voilà qu’en plus on se moque de moi ! Cherchant un lieu où échapper au vent qui lui lacère le visage, il repère très vite les lieux. Il est dans une rue piétonne pavée. Une cave à vin, deux boulangeries et une église. Honoré opte pour cette dernière. Se signant, il constate qu’il ne fait guère plus chaud dans le lieu saint. Toutefois l’absence de vent réduit temporairement les effets du froid sur son torse encore humide sous une chemise et une redingote mouillées par sa sueur et l’orage de Saint Malo. S’avançant dans la chapelle, Honoré approche des quelques cierges qui émettent un peu de chaleur pour se réchauffer les doigts. Le curé ne tarde pas à le repérer et s’approche de lui. - Je peux vous aider jeune homme ? - Je suis trempé, ça fait deux jours que j’erre et je donnerai ma chemise pour me laver et sécher mes vêtements. - Quelle étrange tenue ? J’ignorais qu’on faisait une reconstitution historique dans notre belle ville de Lorient. - Lorient ? Alors je suis toujours en Bretagne… - Vous en doutiez ? L’écrivain sourit : - Pire, je l’ignorais ! - Vous êtes perdu ? - Peut-être, je viens juste d’arriver. La dernière fois je n’ai mis que des heures pour trouver ma « voie ». Sceptique, le curé adresse un sourire au garçon : - J’aurais bien besoin de réponses, oui ! Mais vous ne me croiriez pas de toute façon ! - Je peux toujours vous indiquer comment vous rendre au centre communal d’aide sociale. Vous y trouverez de quoi vous restaurer, une chambre et une douche. Pour les réponses, vous pouvez toujours revenir me voir ensuite ! - Je vous remercie, mon père. Alors qu’il s’apprête à repartir, Honoré pose une dernière question à son aide providentiel : - Connaissez-vous des Le Gaennec qui vivraient sur Lorient ? - Euh ! Là, de tête je ne saurais te répondre. Mais je peux toujours me renseigner. Passe me voir dans la soirée. Je suis là jusqu’à vingt heures. Honoré prend congé du curé peu après. Il ne met pas longtemps à trouver le centre social grâce aux indications du prêtre. Il est accueilli par deux femmes d’un âge avancé qui ont tôt fait de lui trouver des vêtements de rechange et de lui servir une boisson chaude pour le réchauffer. Décidément, il a tout de même de la chance dans son parcours. Il n’a pas mis deux heures à mettre ses fesses à l’abri du froid. Ou alors les Bretons ont-ils naturellement le sens de l’hospitalité… Alors qu’il sort d’une douche plus que désirée, il enfile ses nouveaux habits, un pantalon de velours d’un vert un peu lugubre et un pull-over en laine rouge sur un maillot de corps blanc. Ce n’est pas exactement le genre de vêtements qu’il aurait choisi, néanmoins les jeunes en pension ici arrêteront de le surnommer le pingouin ou le chef d’orchestre ! Il croise son visage dans un miroir. Pour la première fois depuis son départ, il est rasé de frais. Massant ses joues lisses, il en éprouve un apaisement certain. En outre ces rasoirs jetables sont vraiment une belle invention ! De même que cette brosse et ce « dentifrice » ! Honoré ne se rappelle pas avoir eu la bouche aussi fraîche depuis longtemps ! Lorsqu’il veut quitter le centre pour repartir voir le curé, une dame à l’accueil lui demande cinq minutes pour régulariser son inscription. Il prétexte un rendez-vous important et promet de remplir les formulaires dès son retour avec son sourire de mannequin ! Hélène finit par lui céder ce sursis, soucieuse de ne pas perturber ce nouveau pensionnaire si poli et si aimable. Elle lui trouve même un air de Clark Gable. Une fois dehors, Honoré ne sent plus tellement le vent sous une gabardine gracieusement prêtée par Hélène. Caressant nerveusement le miroir dans sa poche, l’écrivain se demande s’il va avoir plus de temps pour découvrir le fascinant mois de janvier 1990 où il vient d’atterrir. Il est vrai qu’il a eu beau noter quelques changements dans le Saint Malo de 1964, la société a amorcé un virage à quatre-vingt-dix degrés ici. Les filles et les garçons portent ces mêmes pantalons taillés dans une toile rêche d’un bleu passé. Tout un tas d’objets de la vie courante semble coulés dans cette matière qui n’est ni du bois ni du métal, plus proche de la résine, mais lisse et incroyablement doux au toucher. Oui, du plastique ! avait innocemment remarqué Hélène devant son air ahuri comme il découvrait les accessoires de bureau. Avisant un magasin, il reste bouche bée devant les transistors, les chaînes Hi-fi, les téléviseurs. Le téléphone semble bien modeste comparé à ces boites de « plastique » d’où sort de la musique au son quasiment parfait. Et la télévision, cette fenêtre ouverte sur le monde entier. Honoré imagine que l’information doit circuler à une vitesse prodigieuse ! Il voit des images d’Amérique, d’Allemagne et d’Angleterre sur cinq minutes. Le vendeur, un jeune homme aux cheveux gras et plaqués par du gel s’approche du journaliste pour lui demander s’il désire un renseignement. Le sourire d’Honoré n’a pas le même effet sur lui et il se voit gentiment mais fermement reconduit à l’entrée du magasin : - Va faire la manche ailleurs, veux-tu ? Tu fais fuir les clients avec tes guenilles. - Guenilles ? - Les loques qui te servent de vêtement ! Allez dégage de là, je n’ai pas de temps à perdre avec un clodo… Le langage aussi a nettement évolué. L’argot semble avoir pris un sérieux ascendant sur la langue de Molière ! La fascination du jeune homme pour cette époque l’emporte pour l’instant sur ses diverses peurs. Il évite de se laisser submerger par ses inquiétudes. Elles lui donnent la sensation désagréable de tout voir s’éloigner de lui et de disparaître dans une immensité déserte. Un peu comme s’il était aspiré vers le haut du ciel et que le reste du monde prenait la dimension d’une fourmilière sous lui. Le vertige et les sueurs froides que lui provoque cette sensation l’ont réveillé deux fois la nuit dernière… en 1936. Un garçon le dépasse prestement sur le trottoir avec de drôles de roulettes accrochées à ses pieds ! Non, il faut qu’il se concentre sur cette époque et sur le pourquoi de sa présence ici et maintenant. C’est la dernière ligne directrice qu’il lui reste à suivre, alors autant la jouer à fond. La nuit est presque tombée quand le voyageur du temps regagne l’église. L’homme de Dieu l’accueille avec un franc sourire : - Vous semblez rasséréné, mon garçon. Ces dames du centre social font des merveilles. Vous aviez triste mine tout à l’heure. Vous ressemblez à un acteur maintenant ! - Clark Gable, je sais ! - En effet ! Vous vouliez des réponses tout à l’heure. J’en ai déjà récolté une ! Malheureusement elle ne vous avancera à rien ! Il y a plusieurs dizaines de Le Gaennec sur Lorient, mon garçon ! - Celle que je cherche est peut-être déjà mariée, mentionne alors Honoré. Elle avait tout juste quelques mois quand je l’ai vue… Il se retient de terminer sa phrase par un « ce matin » malvenu ! Quel crédit lui accorderait le prêtre s’il vendait la mèche de son extraordinaire secret ? Il préfère le laisser repartir : - Je ne pense pas que cela change quelque chose. Il sera difficile de trouver votre amie sans plus de détails, surtout si comme vous dites, elle s’est mariée… - Je pense qu’elle se montrera à moi sans que je la cherche, répond alors l’écrivain, souriant. C’est ainsi que les choses se sont passées auparavant. Vous voyez, je n’ai pas beaucoup de certitudes sur ma situation. J’en ai toutefois une que je pense inébranlable. Quelqu’un ou quelque chose détermine mes actes et ma présence depuis que mon périple a commencé. Je serais même tenté de croire que tout a commencé bien avant mon arrivée en Normandie… Je ne crois ni aux coïncidences ni aux accidents. Il était prévu qu’il m’arrive tout ça. - Sa volonté suit chacun de nous, si c’est ce qui vous tracasse. Même si parfois les chemins qu’Il nous fait emprunter sont obscurs, son dessein est plus profond que les seules apparences. Je vous sens remonté mais je crois pour ma part que vous devriez prendre plus de recul sur votre situation, quelle qu’elle soit avant d’en tirer une quelconque conclusion. Il y a une logique à toute chose, même si parfois les évènements semblent cruels ou injustes. - Je sais que ce qui m’arrive a du bon pour d’autres personnes, mais j’ai tant perdu pour en arriver là, ajoute alors Honoré, désabusé. - Voyez la chose sous ses bons côtés, mon garçon. Il n’est pas d’acte méritoire qui n’apporte quelque satisfaction, fut-elle spirituelle. Depuis quelques minutes, Honoré sent ses intestins se nouer sous le coup de crampes plutôt violentes. La sueur perle à son front et sans qu’il sache réellement pourquoi, il comprend aussitôt que quelque chose de grave est en train de lui arriver. Il revoit ces bananes qu’il a littéralement avalées devant la fille d’Elizabeth. Il réalise qu’il est bien passé en 1964 pour éviter au bébé de Justine de les manger. Plié en deux, il doit s’agenouiller à terre pour contenir les douleurs qui l’assaillent. Le prêtre se penche sur lui inquiet : - Ca ne va pas ? - Appelez un médecin, je crois que je me suis empoisonné… Le temps que les secours arrivent, Honoré, aidé du curé, trouve refuge dans les toilettes, pris de diarrhées aussi violentes que soudaines. Les pompiers ne mettent pas un quart d’heure à arriver à l’église. Voulant se lever, Honoré voit trente-six chandelles. Il est obligé de s’allonger sur la civière. Une couverture dorée est dépliée sur lui. Des crampes commencent à l’assaillir. - J’ai soif, souffle-t-il au prêtre. - On dirait bien une gastro-entérite, mon garçon. Ne vous en faites pas, ça va aller… Alors que l’écrivain est emmené, le curé décide d’aller désinfecter sans tarder ses toilettes. Constatant que les selles du garçon ont l’aspect de grains de riz juste avant de tirer la chasse d’eau, il sent un frisson le traverser de la tête aux pieds. Pour avoir été volontaire dans des missions humanitaires en Afrique, il sait reconnaître un malade du choléra quand il en voit un. Pestant contre lui-même de n’avoir pas fait le rapprochement avant, il se dépêche d’aller se savonner les mains vigoureusement avant de téléphoner à l’hôpital où le voyageur du temps arrivera dans quelques minutes à peine… Ca y est je me lance !Guillaume ou l'Homme qui Changeait la Vie va partir ces jours ci vers plusieurs maisons d'édition. Gallimard entre autres, à qui j'ai adressé dès ce soir un PDF de la nouvelle que vous pouvez retrouver sur mon blog si par hasard vous n'y avez pas déjà jeté un oeil !
Croisons les doigts !
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Honoré vous attend ici !
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